Sur les traces de la dentelle

Sur les traces de la dentelle

Aujourd’hui j’ai envie de vous parler de l’un des tissus les plus nobles qui existe et qui définit si bien le savoir-faire artisanal français: la dentelle. Jadis un tissu que presque toutes les françaises avaient dans leur garde-robe, aujourd’hui seulement l’apanage des têtes princières et des riches héritières.

Il y a plusieurs pôles de la dentelle en France, je m’arrêterai ici sur Caudry, où des maisons comme Solstiss, Sophie Hallette et Carpentier & Preux continuent de fabriquer la dentelle sur les mêmes métiers mécaniques qu’au XIXème siècle. Si leurs noms restent connus seulement des maisons de haute couture et de prêt-à-porter de luxe, leurs produits ont été connus dans le monde entier avec la robe de miss Kate

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ou avec les costumes oscarisés du film «Gatsby le Magnifique».

THE GREAT GATSBY

A Caudry, ville de 14.000 habitants du département du Nord, le Musée de la Dentelle raconte l’histoire du savoir-faire des tisserands qui est resté intact depuis plusieurs générations. Je ne pourrais pas vous faire un compte-rendu très technique, moi-même étant un peu perdue dans la terminologie, mais le musée abrite la documentation nécessaire si vous voulez vous immerger dans ce domaine.

 

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Voyons plutôt quelles sont les étapes nécessaires à la fabrication de la dentelle.

D’abord, il faut créer le dessin ou le motif, puis le transposer sur une carte. Sur cette carte quadrillée, chaque fil est représenté d’une couleur différente qui reproduit le chemin que le fil doit parcourir dans le métier, comme par exemple deux cases à droites ou une case à gauche. Cette carte quadrillée est ensuite «codée» sur des cartes perforées :

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Ces cartes perforées étaient par la suite lues par des machines spéciales, les métiers Jacquard, qui pilotent les grands métiers à dentelle. Ces énormes métiers nouent et serrent des centaines de fils simultanément selon les trous des cartes perforées.

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Aujourd’hui on dessine directement la carte technique sur ordinateur et on charge des fichiers sur un métier Jacquard informatisé.

Un métier à dentelle peut avoir besoin de 10.000 bobines de fils. Pour créer ces bobines, on se sert d’une machine comme celle là:

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Ensuite il faut placer chaque fil à sa place dans le métier à dentelle, un travail manuel on ne peut plus minutieux. Pour ceux et celles qui trouvent l’enfilage de la surjeteuse compliquée, je vous laisse imaginer ce que ça donne d’enfiler 10.000 bobines au bon endroit.

Pour ceux et celles qui débarquent sur le sujet, comme moi, le métier à dentelle traditionnel est un métier Leavers. Monsieur Leavers a eu l’idée de rajouter le système Jacquard à un métier à tulle traditionnel pour créer un métier à dentelle beaucoup plus productif et qui permettait une variété infinie de motifs.

Une histoire de douane a fait atterrir cette invention anglaise en pièces détachées et en toute illégalité de l’autre coté de la Manche dans la région de Calais et de Caudry pour qu’ensuite les français en fassent leur marque de fabrique. A Caudry, on travaille toujours sur les métiers Leavers d’origine.

Voila à quoi ressemble un métier Leavers qui pèse 16 tonnes. Dommage que je ne peux pas transcrire ici son bruit assourdissant qui est dû aux milliers des disques métalliques portant les fils qui se croisent pour former les nœuds. Ces fameux nœuds qui empêchent la dentelle de se déchirer si elle est coupée et qui sont la signature d’une dentelle traditionnelle artisanale.

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Au bout des quelques minutes de démonstration et quelques oreilles cassées, voici les 10 centimètres de fine dentelle qui sortent de la machine.

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Comme vous voyez, le même motif a été répété une vingtaine des fois sur la même ligne. Les métiers de Caudry permettent d’obtenir une dentelle large de quelques mètres, ce qui la rend intéressante pour la création des robes, à l’opposé de celle de Calais, plus adaptée à la lingerie.

Ensuite plusieurs étapes sont nécessaires avant son utilisation finale: on doit repriser les défauts, laver, colorer et sécher la dentelle et ensuite la découper. On peut l’utiliser telle quelle ou la broder, l’imprimer, la plisser, la lustrer ou la métalliser.

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A la fin de ce parcours fort intéressant, on peut retrouver une exposition temporaire montrant les robes originales du film «Gatsby le Magnifique» et des robes des Années folles du Musée.

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Mais quittons le Nord pluvieux pour revenir au Paris, toujours sous la pluie. Il y a quelques semaines, lors d’un événement organisé par la Maison du Savoir-Faire et de la Création, j’ai rencontré des représentants des maisons de Caudry et Calais, et j’ai découvert les dernières évolutions technologiques dans la fabrication de la dentelle. J’ai pu voir et toucher des échantillons de dentelle 3D, gravée, imprimée, encapsulée, thermo-chromique ou photo-luminescente.

En ouverture de cet événement, j’ai pu admirer cette création de la maison On Aura Tout Vu, en vison et dentelle incrustée de cristaux.

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Toujours à cette occasion, j’ai pu aussi rencontrer une créatrice d’origine allemande mais amoureuse de la France et de ses dentelles, Darja Richter. Ses créations en dentelle artisanale semblent traverser le temps et prouver que la vraie dentelle peut revenir dans le vestiaire des femmes d’aujourd’hui.

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Il ne me reste qu’à trouver une robe vintage en dentelle traditionnelle pour la transformer. Savez-vous où je pourrais la trouver?

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4 réflexions au sujet de « Sur les traces de la dentelle »

  1. Article véritablement très instructif sur la fabrication de la dentelle, merci beaucoup pour ce partage. Le métier Leavers est particulièrement imposant !

  2. C’est vraiment dommage que pour le grand public, dentelle = dentelle mécanique. La dentelle est une autre technique.
    La dentelle mécanique est faite sur un métier chaîne et trame, donc techniquement c’est du tissage. Très évolué, mais du tissage.
    La dentelle répond à une définition précise:  » Faite sur un support, une fois finie désolidarisée de son support », définition à laquelle répondent la dentelle aux fuseaux (faite sur un carreau) et la dentelle à l’aiguille (faite sur un vélin).

    1. Bonjour,

      La définition de la dentelle que vous donnez n’est elle pas un peu restrictive? Même pour une dentelle à la main? Y-a-t’il un support pour faire de la dentelle au crochet, qui est, elle aussi , une méthode « à la main ».

      En tout cas, ce qu’on devine, c’est que la mécanisation a dû rendre plus abordable la dentelle. Est elle de moins bonne qualité? C’est vrai que les irrégularités des confections manuelles peuvent apporter un « supplément d’âme », mais ça reste une question de gout à mon avis. L’autre avantage que je vois à la dentelle manuelle est la facilité de création de nouveau motifs, et le très faible investissement de départ.

      D’autre part, ce qui est amusant pour ceux qui sont attachés à l’informatique (domaine qui a aussi eu ses cartes perforées) libre, ( dont le blog ITMFC est utilisateur) , c’est que c’est à cause des brevets anglais que la vente et l’utilisation des machine Leavers étaient limitées en Angleterre, et interdites en France. Comme quoi les histoires de brevets et de propriétés intellectuelles ne datent pas d’hier.

  3. Je n´ai comprend rien, mais the pictures give me inspirations and motivation looking foward handling all my loverly lace for a beautiful dress. Thanks for your great blog!

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